L’intelligence artificielle (IA) : une menace ou une chance pour l’emploi ?

Publié le Publié dans Revue de presse

 

D’abord, petit lexique :

1) IA ou INTELLIGENCE ARTIFICIELLE: programme informatique transformant plusieurs signaux entrants en un signal sortant. Ce sont des ALGORITHMES qui analysent et traitent des milliards de données à la seconde en utilisant les BIG DATA.

2) BIG DATA : traitement massif de données qui sont fournies, entre autres, par toutes les informations qui circulent sur le net, à commencer par les infos personnelles : dès que vous êtes sur le net, tout est stocké, ce que vous cherchez, vos goûts, préférences de toutes sortes, vos idées politiques etc.

3) ALGORITHME : suite finie d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat (intégré dans des logiciels).

4) DEEP LEARNING : augmentation du nombre de couches de programmes élémentaires : permet d’avoir une vue exhaustive d’un dossier (suivant la qualité de la programmation et la fiabilité des données).

I) L’IA : une menace pour nos emplois : DELL TECHNOLOGIE vient de publier un rapport sur l’avenir du travail commandé par l’Institut du Futur de Palo Alto : 85% des emplois qui existeront en 2030 n’ont toujours pas été inventés ! Une des grandes questions est de comprendre comment hommes et machines vont pouvoir travailler ensemble, s’articuler entre eux ? Ce qui est certain, c’est que d’ici 5 à 10 ans, les avis divergent, à minima 50% des emplois actuels vont disparaître. Exemples : – la voiture autonome, qui existe déjà et est prête à être utilisée sur nos routes, va bouleverser plusieurs secteurs de l’économie et de nombreux emplois. En effet, pour citer Pascal Demurger le DG de la MAIF, « cette voiture autonome va diminuer le nombre d’accident et donc de sinistres et en conséquence l’activité même de l’assurance automobile » et l’existence même de certains assureurs si ceux ci ne se préparent pas en amont (et dès aujourd’hui) à une profonde mutation. Les métiers touchés : les rédacteurs, les juristes, les carrossiers, les chauffeurs qu’ils soient taxi ou routier, les conducteurs de train, les
livreurs qui seront remplacés par des drones (Amazon par exemple a commencé les expérimentations) etc. – Les algorithmes vont partiellement remplacer les techniciens qu’ils soient, on l’a vue, rédacteur assurance mais également bancaire : votre dossier de crédit sera traité en quelques secondes par un logiciel et le résultat vous sera envoyé sur votre boite mail et si d’aventure vous souhaitez des explications, celles ci vous seront données par un robot parlant parfaitement votre langue ! Science fiction ? Que nenni ! Le groupe hôtelier japonais H.I.S utilisent des robots pour accueillir les clients, porter les bagages, faire les check in/out. Chaque chambre est même équipée d’un robot, « un compagnon de vie » qui est capable de converser en plusieurs langues. Et les entreprises vont devoir utiliser l’IA et ses possibilités « infinies » sous peine de se voir distancer par leurs concurrentes car les organisations vont maigrir en emplois et en coûts afin de devenir plus compétitives : celles qui ne le feront pas, ou trop tard, disparaitront. – Autres exemples : le médical. Un algorithme est capable d’analyser des milliards de données à la seconde et de faire un prédiagnostic basé sur un nombre de données que le plus grand Professeur de médecine du monde est incapable de retenir. Nous allons donc assister dans les prochaines années à un bouleversement des métiers et, suivant les experts, entre 50 et 80% des emplois existant vont disparaître ou vont profondément évoluer. L’arrivée du moteur à explosion et de ses applications a fait disparaître l’ouvrier agricole qui représentait 67% des emplois en 1789 en France et est passé à moins de 15% aujourd’hui, soit 80% d’emplois perdus avec une hausse de la productivité sans égale. La mutation a pris du temps, cela ne sera pas le cas avec l’IA et une course contre la montre est réellement engagée ! DELL a réalisé un sondage auprès de 4000 décideurs de haut niveau dans le monde entier : 50% d’entre eux ne savent pas à quoi ressemblera leur industrie d’ici…3ans. 45% d’entre eux craignent d’être « obsolètes » d’ici 3 à 5 ans

II) L’IA : des raisons d’espérer ! Des destructions d’emplois, des mutations technologiques et de nouveaux emplois verront le jour, même si on ne les connaît pas encore. Plusieurs observations : 1) Tout ne peut se faire au niveau de l’entreprise, au niveau microéconomique, et l’état, à condition qu’il travaille en étroite relation avec tous les acteurs économiques, doit être moteur dans la veille technologique qu’il est impératif de mettre en place. Il doit également favoriser l’émergence de start-up dans l’IA et créer un environnement économique, fiscal et social pour leur permettre de rester et grandir en France. Il doit impulser et favoriser la recherche fondamentale et appliquée. Cela étant il ne faut pas qu’il lance un autre Plan Calcul comme l’avait fait De Gaulle et Debré en 1968…Son rôle est d’être un facilitateur.
2) Il faut être résolument optimiste car l’IA, comme Joël De Rosnay l’explique très bien dans son dernier ouvrage « Je cherche à comprendre – Les codes cachées de la nature » ouvrira de nouvelles dimensions du cerveau humain non exploitées. « L’intelligence artificielle ne me fait pas peur. Je pense qu’au contraire qu’elle peut nous aider à explorer une autre voie, à augmenter notre cerveau avec des interfaces symbiotiques du futur qui seront directement implantées sur la peau, dans la tête ou les vêtements : ce seront des outils émetteurs-récepteurs communiquant directement du corps vers la machine. Cela ouvrira des potentialités nouvelles d’interactions avec le monde et son environnement. Elon MUSK, le fondateur de TESLA et Space X, a créé une société, Neuralink, dont l’objectif est de concevoir de nouvelles interfaces homme-machines implantées dans le cerveau. C’est la biotique, à savoir le mariage de la biologie et de l’informatique.
La grande question sera de gérer la transition entre la destruction et la création de nouveaux emplois encore inconnus à ce jour ! Ce qui est certain, c’est que les enfants, dès leur plus jeune âge, devront maitriser la langue anglaise et apprendre à lire, écrire, compter et…CODER ! Il faut informer la population, lui donner le goût de la découverte, de la curiosité et développer sa capacité d’imagination ce qui permettra une meilleure adaptation aux changements. Ces mutations technologiques vont accentuer le phénomène de multi emplois, les gens occuperont à minima 10 emplois différents dans leur vie et on estime qu’en 2020 aux USA un travailleur sur deux sera un free lance, en français un auto-entrepreneur. Le phénomène traversera l’atlantique à la vitesse du net ! En guise de synthèse : Déjà, les pilotes d’avions ne les conduisent plus vraiment, mais les surveillent. Les architectes ne dessinent plus leur plan à la main mais les modélisent en 3D, les prothésistes dentaires risquent de ne plus exister avec l’arrivée des imprimantes 3D etc. Des métiers vont disparaître, vont évoluer : les algorithmes pourront lire les radiographies et les IRM que valideront ensuite les médecins. La télémédecine va se développer et donnera un rôle plus important aux infirmiers et permettra de lutter contre la désertification médicale. Certains, comme Elon MUSK, pensent que l’IA pourrait menacer la civilisation et les robots venir gouverner l’homme. Je pense, et ce n’est bien sûr que mon opinion, que “Plutôt que de dramatiser le conflit entre les humains et les machines, il est plus judicieux de les considérer comme un couple qui ne cesse de rétroagir et de s’influencer mutuellement” (Dominique CARDON). L’avenir de l’emploi nous sourira si nous n’en avons pas peur, si nous sortons de notre carcan intellectuel et mental et si nous donnons de la plasticité à notre cerveau. Compte tenu de la résistance au changement qui est “le propre de l’homme”, et son corollaire un pessimisme latent, nos mentalités devront évoluer, s’ouvrir et ne pas se refermer sur elles mêmes: l’éducation jouera un rôle prédominant.
L’humanisme et l’altérité devront être présents, ce n’est pas la moindre difficulté, et nous ne devrons pas nous faire déborder par ce tsunami technologique qui aujourd’hui reste aux mains des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Tous les métiers vont être transformés par le numérique à court ou moyen terme, il faut s’y préparer, les entreprises, les (non)salariés, l’état et l’éducation nationale : c’est une révolution culturelle et des compétences qui a déjà commencé !
Sources : Pascal DEMURGER- Key Note « Paris en seine » 16 juin 2017 Joël De Rosnay « Je cherche à comprendre- les codes cachés de la nature » Dominique Cardon « à quoi rêvent les algorithmes »

François MANUEL
Président MOD’EMPLOIS